Cérémonie d'ouverture - Ohne Worte_Isabelle Schad - Dance_Frédéric Gies - Praticable - B.A.T_Ion Munduate - vu par Fanny Derrier

Publié le par l'équipe du journal du festival Lignes de Corps 2007

1. OUVERTURE

Parle, toi aussi,
parle le dernier à parler,
dis ton dire.

Parle -
Cependant ne sépare pas du Oui le Non.
Donne à ta parole aussi le sens
lui donnant l'ombre.

donne-lui assez d'ombre,
donne-lui autant d'ombre
qu'autour de toi tu en sais répandue
entre
Minuit Midi Minuit.

regarde tout autour :
vois comme cela devient vivant à la ronde -
Dans la mort ! Vivant !
Dit vrai, qui parle d'ombre.

vois comme se rétrécit le lieu où tu tiens :
Où veux-tu aller à présent, toi en défaut d'ombre, où aller ?
Monte. En tâtonnant, monte.
Plus mince, plus méconnaissable, plus fin !
C'est ce que tu deviens, plus fin : un fil,

le long duquel elle veut descendre, l'étoile
pour en bas nager, tout en bas,
là où elle se voit
scintiller : dans le mouvement de houle
des mots qui toujours vont.

Paul Celan



    Rencontre de l'espace avec les couleurs du danseur. Rencontre entre nous et lui, entre nous et eux. Un danseur tibétain, des percus qui s'envolent au milieu du champagne et des cacahuètes comme une offrande à un dieu quelconque. Pourtant ici on a pas envie de parler de dieu. On a envie de penser à Pasolini qui déjà au milieu du désert invoquait la mythologie dans son Oedipe-Roi. Cette danse comme une prière pour que cette 8ème édition lui ressemble. Un masque et une voix qui chante sur le fil que Philippe Asselin vient de faire apparaître. Une prière pour que ce fil nous permette d'aller assez haut pour ne plus le lâcher. Tenons-le.


2. TIMES GO BY... SO SLOWLY

    Frederic Gies s'agite, pertrube l'espace. Son visage profondément immobile nous déroute. Les dix premières minutes, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que le festival venait d'ouvrir. Je regardais ses pieds, ses mains, cherchant du regard le moindre détail susceptible de réveiller mon imagination de plumitif. Dans un silence impertubable, l'esquisse d'un rire commençait déjà à se profiler ; il court autour du plateau, se déhanche et se caresse les cheveux. Ironique Etrangeté. Après être demeuré immobile quelques instants, la musique commence. Commme venue du fond de son propre cerveau, Madonna s'écoule sur la scène. Times go by... so slowly.

    Mais soudain, j'ai l'impression d'avoir été piégée. La chorégraphie que je m'étais appliquée à décortiquer prend à cet instant un tout autre sens, et je raye patiemment les notes de mon cahier. Révélation. Une seule pensée me vient à l'esprit : ne pas essayer de prendre la danse pour ce qu'elle n'est pas.

    Après tout, malgré tous nos efforts pour tenter de se détacher du stéréotype de la danse-contemporaine-prise-de-tête, même les esprits les plus motivés n'y parviennent pas toujours. Frédéric Gies s'est moqué de moi. Et je l'en remercie. After all, times go by so slowly !


3. B.A.T.

C'est l'histoire d'un rat.
C'est l'histoire d'une abeille.
C'est une histoire d'animaux.
C'est aussi l'histoire d'une huitre, assise sur un chariot.
Bref, une histoire de mâles, de femelles, et d'hermaphrodites.
En anglais, B.A.T. veut dire chauve-souris mais ça n'a rien à voir. Quoique...
Entre ordre et désordre, 3 comédiens "jouent à être un autre, ou à n'être personne"
Entre les lumières d'une rétroprojection sur le mur
Ion Munduate nous parle de lumières.
Celle qu'on apelle la noire, et celle qu'on apelle la blanche.
La première utilisée par le cerveau pour formuler des hypothèses.
La seconde pour déduire de sa perception une réalité.
mais dans quelle sorte de réalité sommes nous ?
Entre les marches vers le suréel,
Le sensible devient perceptible.
Les rires s'accrochent aux murs tandis que l'huitre crache des perles.
on ressort de ce spectacle comme on sort d'un zoo.
Un peu plus animal, un peu plus humain.
Beautiful Animals Trying.
Essai Réussi.


4. Reaction du public

    Sébastien B. est venu à la première soirée, la soirée d'ouverture, celle qui en dit beaucoup sur le contenu d'un festival. Il a passé un moment très mitigé. Disons-le, il n'a pas été enthousiasmé. Frédéric Gies et Isabelle Schad ne lui ont pas parlé. "Aucune Unité". Il m'explique que pour lui, il n'y a pas un sens précis qui se dégage de leur spectacle et qu'en ce sens ils ne peuvent pas prétendre faire de l'art car c'est avant tout présenter une démarche que l'on assume.

    L'ironie dont fait preuve Gies semble n'être qu'une façon de rattraper le reste de la chorégraphie, beaucoup plus illustrative qu'assumée.

    Schad quant à elle, "elle fait preuve d'un très grand professionnalisme et d'une technique qui n'est pas à remettre en question, mais où est le message ?". Curieux donc tout de même, puisqu'il reviendra sûrement pour creuser l'affaire.
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